Résultats de l'AAP 2020 du Pôle fédératif de recherche et de formation en santé publique Bourgogne-Franche-Comté - COMUE Université Bourgogne Franche-Comté

Résultats de l’AAP 2020 du Pôle fédératif de recherche et de formation en santé publique Bourgogne-Franche-Comté

Dans le cadre de l’appel à projet 2020 du Pôle fédératif de recherche et de formation en santé publique Bourgogne-Franche-Comté, cinq projets ont été retenus :

Contexte : La France est confrontée aujourd’hui à deux principaux phénomènes sociodémographiques auxquels les politiques de santé et les acteurs doivent faire face. D’une part, la population vieillissante risque de s’accompagner d’une « vague démographique gériatrique » (Jeandel, 2010) et avec elle, une augmentation des pathologies chroniques et des polypathologies. D’autre part, une concentration des services et des populations vers les zones les plus urbanisées, mène progressivement à la carence en professionnel.le.s de santé sur certains territoires ruraux (Chevillard, 2018). L’accessibilité à l’offre de soins a longtemps été décrite par des indicateurs quantitatifs liés à l’offre (distance aux soins, densité (Bissonnette et al., 2012), accessibilité potentielle localisée (APL) (Barlet et al., 2012 ; Vergier et Chapput, 2017)). Cependant, ces indicateurs peinent à rendre compte de la complexe interaction entre l’offre, la demande, les besoins, les pratiques et leurs caractéristiques. Ces questions d’accessibilité et d’adaptation aux populations sont étroitement liées à celle des mobilités. Le confinement dû à l’épidémie de la Covid-19 a montré comment les populations les plus fragiles étaient pénalisées (Gueguen et al., 2020). Les inégalités inhérentes à l’épidémie ont également mené à des retards de soins voire à un non-recours (Inca, 2020), renforçant ainsi la nécessité de s’intéresser à l’accessibilité des soins et aux mobilités.

Objectifs : Ce travail, qui se veut pilote, souhaite interroger les mobilités de santé et le potentiel de mobilité -la motilité – des usagers de la région en ciblant les personnes âgées. Leurs mobilités seront étudiées au regard de leurs dimensions technique (possibilités en termes de transport…), physique (capacité à se déplacer ou non…) et socio-économique (insertion sociale, ressources familiales et économiques, connaissance du territoire…). S’intéresser aux mobilités et au potentiel de mobilité des usagers, en particulier en zones rurales sous-dotées en professionnel.le.s de santé, permettra de mieux comprendre les inégalités sociales inhérentes et induites par des ressources différenciées, tout en appréhendant des modes de vies et des rapports à l’espace et au temps divers. En effet, mobilité et motilité résultent de la combinaison des conditions socio-économiques, territoriales, physiques et psychiques.

Par ailleurs, ce projet se veut complémentaire du projet « Temps médical potentiellement épargné sur les trajets de visite à domicile non justifiés médicalement » coordonné par le Pr José-Philippe MORENO qui interroge les mobilités des professionnel.le.s de santé. En effet, l’imbrication des deux volets – usagers et professionnels – permet une vision panoptique des mobilités en BFC afin de comprendre et in fine d’améliorer l’accès aux soins sur les territoires.


Méthodes :
Il s’agit de combiner une analyse statistique de catégorisation des territoires (données démographiques, socio-économiques, relatives aux mobilités/déplacements du quotidien, indicateurs sanitaires – pour la plupart issus du SNDS) et une étude sociologique des perceptions et des pratiques des populations fragilisées (6-8 focus groupes composés de personnes âgées) dans les différents types de territoires mis en exergue par l’analyse quantitative. Dans une visée comparative, les résultats quantitatifs et qualitatifs seront confrontés pour être mis en perspective. Une mutualisation de la collecte de données qualitatives – enquêtes auprès des personnes âgées et des professionnels – est envisagée avec le projet susnommé.


Perspectives envisagées : Cette recherche permettra de mieux comprendre les mobilités d’accès aux soins des personnes âgées de la région BFC. Elle offrira aux acteurs de terrain de premiers recours et aux institutionnels une nouvelle lecture pour appréhender les besoins et attentes des populations, dans la recherche d’une plus grande équité. Ce projet pilote pourra faire l’objet d’une extension à d’autres régions par le biais notamment de partenariats avec d’autres ORS pour tester le modèle d’analyse sur de nouveaux territoires et ainsi le valider.

 

Coordinatrice :
Anne BUTTARD, Laboratoire d’économie de Dijon, Université de Bourgogne

Contexte :  En zones urbaines et péri-urbaines, le trafic routier, les émissions industrielles et le chauffage domestique sont des importants contributeurs de la pollution atmosphérique anthropique. Les polluants primaires, émis directement par le trafic routier et les combustions domestiques et industrielles, participent à des réactions photochimiques et des polluants dits secondaires (ozone…) sont formés sous l’action du rayonnement solaire. Ainsi, les concentrations d’ozone (O3) dans l’air augmentent en été, dans des conditions météorologiques de lumière (UV) et de chaleur favorables et en présence de précurseurs d’ozone (NOx, COV, CO). Si le décalage temporel (journalier) des concentrations en polluants primaires tels que le NO2 et celle de l’ozone est connu et attendu, la distribution spatiale de l’ozone reste mal connue, en particulier sa répartition et sa fluctuation entre les zones urbaines et les zones périurbaines. Enfin, les effets des modifications météorologiques futures, en particulier l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleurs sur la qualité de l’air en photo-oxydants à l’échelle d’un territoire vaste et diversifié tel que celui de Dijon Métropole sont inconnues.


Objectif : Les objectifs de ce travail de recherche en santé environnement sont de : 1) Quantifier, à une échelle fine, la distribution de l’ozone sur le territoire urbain et périurbain de Dijon Métropole, 2) évaluer la variabilité temporelle et spatiale de ce polluant, 3) identifier les situations d’exposition urbaine et périurbaine de la population et rechercher des situations d’iniquité environnementale, 4) analyser les situations de concordance et de discordance entre le territoire de Dijon Métropole et celui de Pays Montbéliard Agglomération.


Méthode :
Il s’agit de l’extension au territoire de Dijon Métropole d’une étude d’expologie en population générale conduite actuellement en région Franche-Comté. Cette approche descriptive et analytique repose sur l’utilisation conjointe de différents outils et bases de données : modélisation de la contamination des milieux à une échelle spatiale de 3 km et au pas de temps journalier sur la période 2015-2020 (modèles atmosphériques issu du modèle régional, PREVEST), intégration des données d’occupation du sol (BDtopo®) et des données démographiques (INSEE), calcul d’un indice de déprivation. Toutes ces données seront intégrées à l’échelle des bâtiments d’habitation à l’aide d’un système d’information géographique. Une première phase de validation de la précision des données modélisées par la plateforme PREVEST via une approche statistique doit être réalisée et a déjà débuté pour répondre à l’objectif 1. Des modèles statistiques permettant la prise en compte de données complexes (corrélation temporelle, spatiale, multi niveau) seront utilisés afin de répondre aux objectifs 2 et 3 du projet. En particulier concernant l’objectif 2, l’analyse s’attachera à évaluer l’influence de l’occurrence des vagues de chaleur sur l’exposition de la population régionale en termes d’intensité, de variabilité spatiale à la recherche d’une modification des rapports urbain / périurbain/ rural et sur les éventuels effets d’iniquité environnementale.


Perspectives envisagées :
L’extension à la métropole dijonnaise des travaux conduits actuellement sur le territoire franc-comtois, permettra d’identifier des vulnérabilités territoriales (exposition locale plus ou moins élevée, influence du statut social face à une telle exposition) et d’analyser les différentes stratégies territoriales mises en œuvre. De plus, la prise en compte de l’évolution des conditions de température permettra d’étudier les phénomènes de vagues de chaleur ainsi que leur(s) impact(s) sur l’exposition à l’ozone de la population et ce dans un contexte toujours plus prégnant de réchauffement climatique global. Sur le volet analytique, les perspectives de ce travail seront d’étudier les conséquences de cette exposition à l’ozone sur la santé des populations vulnérables, en particulier les femmes enceintes.


Coordinateur :
Frédéric MAUNY, CIC 1431, CHU Besançon

Contexte : En décembre 2019, le SARS-CoV-2 (Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2). A émergé dans la région de Wuhan en Chine. Ce virus est responsable d’une pandémie de pneumonie virale qui a causé plus de 460 000 décès dans le monde et près de 30 000 en France en 6 mois. Son taux d’attaque est largement méconnu. La connaissance de cette valeur est essentielle afin de déterminer le niveau d’immunité de la population, en particulier la valeur à partir de laquelle une protection collective est acquise. L’enjeu est de savoir si la période épidémique traversée actuellement est la vague la plus élevée, ou si l’arrivée d’une seconde vague bien plus importante n’est pas exclue. L’efficacité des mesures prises pendant et après le déconfinement ainsi que l’adaptation de ces mesures individuelles et collectives nécessitent une connaissance précise du niveau d’immunisation de la population et de sa dynamique. La mesure, à intervalles réguliers, de la séroprévalence dans des échantillons issus de la population générale offrirait une mesure reproductible de l’immunité de la population. La séroprévalence anti-SARS-CoV-2 est actuellement inconnue en région Bourgogne-Franche-Comté (BFC). Les enquêtes de séroprévalence en population générale constituent l’approche de référence mais sont lourdes à mettre en œuvre. Des approches alternatives sur des populations plus facilement accessibles combinant l’étude de femmes enceintes et de donneurs de sang ont été proposées. Nous proposons ici l’amorçage d’une surveillance de la séroprévalence au cours d’une période prolongée. Les objectifs du projet sont d’évaluer la faisabilité de l’étude et proposer une première évaluation du niveau actuel d’immunité collective en région BFC.


Objectifs :  Les objectifs généraux du projet sont :

  1. Évaluer la faisabilité de la mise en place d’un réseau de surveillance de la séroprévalence du SARS-CoV-2 chez les femmes enceintes lors de l’accouchement et chez les donneurs de sang,
  2. Établir et analyser les qualités métrologiques, l’intérêt, les forces et les faiblesses de ces indicateurs dans la gestion de la pandémie de Covid-19, particulièrement en période post confinement.

Objectifs opérationnels :

  1. Estimer la séroprévalence du SARS-CoV-2 en région BFC (a) chez les femmes enceintes lors de l’accouchement et (b) chez les donneurs de sang
  2. Évaluer la variabilité des valeurs de séroprévalence entre les trois territoires retenus pour cette étude.
  3. Analyser la validité des mesures de séroprévalence chez les femmes enceintes et chez les donneurs de sang comparativement à une mesure de référence (étude EpiCov notamment)
  4. Analyser les sources de biais éventuelles dans la mesure et proposer une méthode de redressement de la mesure de la séroprévalence pour obtenir une estimation non biaisée de la séroprévalence dans la population générale.

 

Méthode : Échantillonnage exhaustif des femmes enceintes accouchant dans trois maternités de la région, échantillonnage aléatoire des donneurs de sang domiciliés dans les bassins de population de ces maternités sur une période de trois semaines. Quatre cent tests sérologiques anti-SARS-CoV-2 IgG seront effectués sur les femmes enceintes et 400 chez les donneurs de sang.


Résultats attendus : La surveillance de la séroprévalence en population générale présente un intérêt majeur pour l’estimation de la dynamique temporelle de l’épidémie à SARS-CoV-2. Elle permettra d’obtenir en temps semi-réel des estimations des taux d’immunisation de la population. Les données de l’étude permettront d’identifier certains groupes à risque et ainsi guider la riposte et les décisions politiques de santé publique. Le projet établira la pertinence, les qualités métrologiques des indicateurs de prévalence dans les deux populations dans le temps et l’espace. Les résultats de l’étude contribueront aux modélisations mathématiques pour prévoir la dynamique épidémique. Une meilleure connaissance des indicateurs de séroprévalence permettra de mieux guider la gestion des futures épidémies virales sur le territoire Français.


Coordinateur :
Maxime DESMARETS, CIC 1431, CHU Besançon

Contexte : La paralysie cérébrale et/ou les troubles moteurs du neurodéveloppement constituent la première cause de handicap chez l’enfant, et touchent 17 millions de personnes dans le monde, dont 125 000 en France avec 1800 nouveaux cas par an. De nombreuses études ont souligné l’importance d’une prise en charge précoce des nourrissons à risque de paralysie cérébrale avec des bénéfices sur le développement moteur, cognitif et social de ces enfants, pouvant persister jusqu’à l’âge préscolaire. Pour autant, à ce jour, le diagnostic reste tardif, souvent au terme des 2 premières années de vie, en raison de l’absence de l’utilisation d’outils de repérage précoce des troubles, de suivi homogène et proactif, d’un défaut d’accompagnement des parents, mais aussi d’un manque de concertation entre les différents acteurs.


Objectifs : Les objectifs du projet App-eMot sont de 1) décrire la prise en charge actuelle des enfants à haut risque de paralysie cérébrale, auprès des parents (satisfaction, consommation de soins) et des professionnels de santé, 2) identifier les besoins des parents et des professionnels afin de co-construire un parcours innovant adapté aux attentes des parents et des professionnels puis 3) d’évaluer l’impact de la mise en place de ce programme sur les délais de prise en charge, la consommation de soins, l’évolution observée du développement neuromoteur du nourrisson, l’âge du diagnostic pour les enfants, et la satisfaction des parents et des professionnels.


Méthodes : Cette étude multidisciplinaire s’appuie sur une méthodologie mixte quantitative (utilisation de données collectées par le Réseau Périnatal de Bourgogne, recueil rétrospectif de données dans les dossiers médicaux et les dossiers de suivi du Réseau, et questionnaires envoyés auprès des parents) et qualitative (entretiens semi-directifs auprès des parents, et focus groupe auprès des professionnels (réalisés par un sociologue).

Le projet App-eMot Prem se décomposera en 3 phases : 1) une description de la prise en charge actuelle permettant de cibler les attente des parents et des professionnels en terme de parcours, 2) la co-construction d’un parcours innovant rassemblant des professionnels de santé impliqués dans la prise en charge de ces enfants, libéraux et hospitaliers afin de favoriser la transition ville-hôpital et des représentants des usagers et 3) l’évaluation de l’intérêt de ce parcours une fois celui-ci mis en place.

Le projet App-eMot Prem s’appuiera sur le Réseau Périnatal de Bourgogne afin d’identifier les parents à interroger (enquête sur la satisfaction et les besoins), de collecter des indicateurs sur le repérage des troubles neurodéveloppementaux et la prise en charge des nourrissons dans les 24 premiers mois de vie (collectés par le Réseau Périnatal), ainsi que sur les compétences d’un sociologue pour identifier les freins et leviers à la prise en charge actuelle.


Perspectives envisagées : Ce projet, s’articulant autour de la co-construction d’un parcours innovant impliquant des professionnels de santé prenant en charge les enfants à haut risque de paralysie cérébrale, aussi bien hospitaliers que libéraux, ainsi que les familles. Nous espérons que la mise en place de ce parcours permettra d’améliorer la prise en charge des enfants en les repérant mieux et plus rapidement, et en proposant des solutions adaptées précocement. Si les résultats obtenus s’avèrent prometteurs, un élargissement de ce parcours pourrait être proposé, avec la mise en place d’un essai d’intervention afin de pouvoir conclure formellement à son efficacité, et de pouvoir généraliser le parcours proposé. Ce projet permettra une meilleure coordination du parcours de soins, une uniformisation et une amélioration des pratiques professionnelles aussi bien en ville qu’à l’hôpital.


Coordinateur :
Sébastien KRUMM, Kinésithérapie pédiatrique, CHU Dijon

Contexte : En France, nous assistons à un phénomène global de vieillissement de la population, plus marqué dans certaines régions comme la Bourgogne-Franche Comté. Ce phénomène est voué à s’accentuer durant les années à venir. Ce vieillissement induit une forte prévalence des pathologies chroniques et des morbidités multiples. Parallèlement la démographie médicale à l’échelle nationale est en baisse. Cette inadéquation implique nécessairement de trouver des solutions pour maintenir l’accès aux soins et donc d’optimiser le temps de soin en médecine générale et en soins primaires. Le système de santé français place les visites à domicile comme partie intégrante des soins primaires ; elles sont assurées uniquement par les médecins généralistes, leur organisation est donc un enjeu en termes d’économie de temps médical. Les visites à domicile demandent un temps médical plus important que les consultations au cabinet notamment en raison des trajets effectués par le MG. Celles-ci sont souvent justifiées par le manque d’autonomie des patients, fréquemment en lien avec des problématiques sociales (difficultés à se déplacer, patient non motorisé ou conduite impossible, habitation isolée…).


Objectif principal : Définir les critères d’une visite médicale à domicile non indispensable ou indispensable par consensus entre les parties prenantes (MG, auxiliaires médicaux, usagers)

Objectifs secondaires :

  • Identifier les critères permettant de classer, à partir des éléments de la demande du patient, les visites à domicile selon une des trois catégories 1) celles devant être effectuées par le médecin généraliste, 2) celles pouvant être effectuée par un auxiliaire médical et 3) celles stricto sensu reliées à des difficultés de transport.
  • Recueillir le ressenti des usagers concernant l’acceptabilité de ces critères et d’autres modes de transport ou consultations
  • Recueillir le ressenti des autres professionnels de santé PDS concernant l’acceptabilité et les délégations de tâches

Méthode : Dans un premier, il sera créé 5 groupes DELPHI constitués en majorité de médecins généralistes afin d’obtenir un consensus sur les critères indispensables et non indispensables. Dans un deuxième temps, des entretiens semi-dirigés auprès des usagers et des autres professionnels de santé seront effectués pour recueillir leurs perceptions sur l’acceptabilité de ces critères.


Perspectives envisagées : A partir de ces critères, une étude quantitative expérimentale pourra être réalisée. La mise en œuvre d’actions visant à épargner du temps médical pourront être appliquées et évaluées.


Coordinateur :
José-Philippe MORENO, Maison de santé pluriprofessionnelle universitaire (MSPU) des 3 provinces