Portrait de chercheur – Les « fellowships » d’ISITE-BFC

Guy Millot, lauréat d’un fellowship UBFC Senior

Physicien, Guy Millot est à l’origine de nombreuses contributions pionnières dans le domaine de la physique optique non linéaire, notamment la spectroscopie laser et l’optique guidée ultrarapide. Ses nombreuses percées scientifiques et ses nombreuses publications dans des revues hautement reconnues (comme Nature Photonics, Advances in Optics and Photonics, Light: Science and Applications ou encore Communication Physics) lui valent une renommée internationale : il est considéré comme l’un des experts mondiaux dans de multiples domaines tels que les solitons optiques et les impulsions auto-similaires, l’optique non linéaire incohérente et multimode ou encore la spectroscopie à double peigne. La qualité de ses recherches a été récompensée par deux prix prestigieux : l’adhésion à l’Institut Universitaire de France (IUF) et la médaille d’argent du CNRS. Il a été élu Fellow de l’Optical Society of America en 2012 mais aussi, très récemment, Fellow de la European Optical Society 2019-2020 !

1. Lors du second appel à projet d’ISITE-BFC, vous avez candidaté pour un fellowship UBFC senior. Quelles ont été les motivations premières de cette candidature ?

Ma candidature a été animée par deux motivations principales.

Tout d’abord, l’envie de poursuivre un projet de recherche passionnant. En 2014, j’ai initié une nouvelle activité de recherche sur une méthode innovante de spectroscopie par peignes de fréquence électro-optiques (EO-DCS) et nous avons acquis rapidement une renommée internationale sur le sujet, ce dernier étant aujourd’hui en très forte croissance au niveau de la recherche internationale. Une évaluation du potentiel de valorisation du spectromètre EO-DCS a révélé un intérêt très fort des fabricants d’instruments scientifiques, de surveillance et d’analyse ainsi que des laboratoires d’analyses environnementales et médicales-biomédicales (notamment en ce qui concerne son application dans le moyen infrarouge). En guise d’exemple d’application, le spectromètre dans le moyen infrarouge que nous avons développé a fourni des premiers résultats très encourageants pour la mesure du rapport isotopique 13C/12C dans le dioxyde de carbone dans le cadre de l’analyse de l’air expiré. L’air expiré contient en effet de nombreux composants organiques volatils (COV) qui permettent d’identifier précocement certaines maladies graves (diabète, Parkinson, ulcère peptique, cancers). Ainsi, la détection de ces composants par des méthodes non invasives constitue un défi sociétal majeur pour les années à venir. D’autres applications sont possibles telles que l’analyse de gaz plein ciel (environnement), la détection de gaz chimique, l’imagerie non linéaire (microscopie Raman stimulée, CARS), le diagnostic précoce du stress des plantes, l’analyse en temps réel des gaz d’échappement des automobiles et des combustions ou bien encore l’élaboration de synthétiseurs de fréquences optiques ultra-précis. Toutefois, la maturité du spectromètre EO-DCS, bien que parfaitement adapté à des utilisations embarquées, a toutefois été jugée insuffisante jusqu’alors pour susciter leur intérêt immédiat. L’objectif de notre programme de recherche est donc de concevoir un spectromètre fonctionnel et portable, à l’attention de non-experts, afin de favoriser l’interdisciplinarité à un haut niveau international.

Autres motivations pour cette candidature, le Conseil européen de la recherche (ERC pour European Research Council) et l’Institut Universitaire de France (IUF). L’idée de candidater à un contrat ERC trottait dans ma tête depuis déjà plusieurs années. Malgré la qualité des recherches développées dans de nombreux domaines, il y a très peu de lauréats à l’ERC en Bourgogne-Franche-Comté. L’une des raisons pouvant expliquer ce constat est liée à une aide insuffisante apportée aux chercheurs et enseignants-chercheurs pour monter des dossiers pour lesquels le moindre aspect mal renseigné ou présenté peut être préjudiciable. Si le soutien sur le plan administratif et financier existe et est apprécié, l’absence d’une stratégie plus globale visant à identifier et aider les sujets de recherche les plus prometteurs ainsi que les chercheurs les plus enclins à gagner des contrats ERC fait défaut. Le dispositif fellowship UBFC senior m’a semblé être une réponse adéquate à ce manque, en étant par ailleurs concordant avec les objectifs de l’IUF visant à encourager et stimuler les candidatures à l’ERC. L’un de mes objectifs était aussi de déposer une candidature à l’IUF.

2. Quels sont les atouts du projet pour lequel vous avez obtenu cette bourse vis-à-vis de l’ERC ?

Le principal atout de ce projet vis-à-vis de l’ERC est de proposer une recherche fondamentale pluridisciplinaire de haut niveau avec des possibilités de valorisation et des retombées sociétales importantes. En témoigne son application visée pour l’analyse en temps réel de l’air expiré qui constitue un exemple à fort enjeu sociétal.

Ce projet est par ailleurs basé sur des résultats préliminaires obtenus en collaboration avec le professeur Theodor Hänsch – lauréat du prix Nobel de physique en 2005 pour ses travaux sur les peignes de fréquence. Cela témoigne en sus, au plus haut niveau, de sa pertinence et de sa qualité.

L’application des peignes de fréquence à la spectroscopie en temps réel dans le moyen infrarouge est un sujet très chaud au niveau international. La demande est actuellement partiellement satisfaite par la technique classique FTIR (spectroscopie infrarouge par transformée de Fourier), mais la spectroscopie à double peigne est beaucoup plus précise, plus rapide, et pourrait être moins chère et plus largement disponible. Les opportunités de marché industriel peuvent être énormes.

En outre, mon équipe est très bien adaptée au projet et dispose de toutes les compétences nécessaires pour le mener à terme (chimie, physique expérimentale et théorique, ingénierie photonique et médecine) et ma double compétence en physique et spectroscopie moléculaires et en photonique non linéaire est un gage de réussite pour mon projet.

3. Selon vous, quel est le ou les points forts du programme I-SITE porté par UBFC ?

Son principal point fort réside dans la mise en œuvre d’une expertise internationale de très haut niveau dont les résultats ne peuvent être contestés. Les retours d’expertise sont par ailleurs très intéressants pour améliorer son projet.

J’ajouterais que les dossiers de candidature formatés dans le style de l’ERC constituent un bel entraînement pour le dépôt d’un projet à l’ERC.

De plus, le niveau de financement est très intéressant (les modalités de dépenses pourraient toutefois faire l’objet d’améliorations).

En définitive, le programme ISITE-BFC est un magnifique outil de développement et de promotion de l’excellence de la recherche dans notre région : il faut tout faire pour le préserver et le développer davantage !

Membre de l’IUF depuis 2019, Guy Millot, enseignant-chercheur au département Photonique (laboratoire Interdisciplinaire Carnot de Bourgogne), obtient une nouvelle distinction et devient Fellow de la European Optical Society 2019-2020.

Plus d’infos :