Pierre-Emmanuel Doulain - Mégasuccès pour nanoparticules - COMUE Université Bourgogne Franche-Comté

Pierre-Emmanuel Doulain – Mégasuccès pour nanoparticules

Pierre-Emmanuel Doulain / © Patrice Bouillot - La Plume & le Micro
Pierre-Emmanuel Doulain, docteur en chimie, est le cofondateur de SON, start-up née dans le giron de l’université de Bourgogne et spécialisée dans les nanoparticules. Projet qui lui a valu d’être lauréat i-PhD, reconnaissance accordée par la Banque publique d’investissement (BPI) et le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Mesri).

SON comme Synthesis Of Nanohybrids. Derrière cet acronyme se cachent, une start-up née au sein de l’université de Bourgogne (uB), membre d’Université Bourgogne Franche-Comté (UBFC), et ses trois fondateurs, Jérémy Paris, Richard Decréau et Pierre-Emmanuel Doulain. Ce dernier, directeur de la technologie (CTO) de cette toute jeune société officiellement créée en novembre 2020, n’a que 35 ans. Dijonnais d’origine, il mène d’abord ses études à l’IUT de Poitiers puis à l’université et à l’école de chimie de Montpellier. Il revient dans sa ville natale en 2012, pour y faire son doctorat, au sein de l’Institut de chimie moléculaire de l’université de Bourgogne (ICMUB), unité mixte de recherche placée du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et sous la tutelle d’UBFC via l’université de Bourgogne (uB), sous la direction d’un certain… Richard Decréau. Ce qui le ramène à Dijon, c’est le « doctorat JCE » : un dispositif unique en France mis en œuvre à l’époque par le conseil régional de Bourgogne pour former de « jeunes chercheurs entrepreneurs » – actuellement, UBFC porte un dispositif équivalent baptisé « Itinéraire chercheur entrepreneur » (ICE), financé également par la région. Tandis que Pierre-Emmanuel Doulain planche sur le développement de nouvelles molécules pour une application en imagerie médicale, il suit avec succès un master 2 d’administration des entreprises à l’IAE Dijon. S’il s’est toujours senti attiré par la chimie car elle « permet de comprendre notre environnement et offre la possibilité fantastique de créer de nouveaux matériaux », le jeune universitaire est également formaté pour devenir chef d’entreprise. Un double profil précieux pour les années suivantes.

Car en 2015, sa thèse en poche, Pierre-Emmanuel Doulain rejoint Jérémy Paris, lui aussi « docteur JCE », derrière les paillasses de la faculté des sciences Mirande, avec le projet de « créer une société spécialisée dans les nanoparticules ». Un projet prometteur. Les deux hommes sont repérés par la société d’accélération du transfert de technologies (SATT) SAYENS, qui les accompagne dans sa maturation technologique. Ils entrent, un an plus tard, dans l’incubateur DECA-BFC. Les années de recherche sont fructueuses : en 2021, SON va lancer la commercialisation de ses premiers produits. Des contacts sont d’ores et déjà noués avec une quarantaine de prospects significatifs. L’équipe de SON a notamment participé, en octobre 2020, aux Rendez-vous Carnot, opération de mise en contact des entreprises et de l’univers de la recherche et développement organisée par les Instituts Carnot.

« Nous sommes spécialisés dans le développement et la production de nanoparticules pour des applications dans le médical, que ce soit pour la thérapie ou l’imagerie, mais aussi dans les domaines de la catalyse et de la dépollution », résume le CTO, en montrant un petit flacon renfermant un liquide sombre. Celui-ci contient la première des innovations mises au point par la jeune entreprise dijonnaise : des nano-catalyseurs. En l’occurrence des catalyseurs de réactions chimiques élaborés à partir de nanoparticules d’oxyde de fer qui ont la particularité, une fois qu’ils ont fait leur œuvre, de pouvoir être récupérés sans difficulté grâce à un simple aimant. « Cette propriété qui fait que les particules d’oxyde de fer deviennent magnétiques à l’échelle nano est particulièrement appréciable dans l’industrie médicale, où la fabrication de principes actifs représente une grosse valeur ajoutée et où la réglementation impose de retirer le catalyseur après la réaction. » L’industrie pharma est donc le premier marché de SON, qui a d’ailleurs élaboré son modèle économique avec deux industriels français du secteur. Les nanocatalyseurs de la start-up dijonnaise sont susceptibles d’intéresser au premier chef les laboratoires qui mettent au point de nouvelles molécules, dont la recette de fabrication n’est pas encore figée par une autorisation de mise sur le marché (AMM), ou qui produisent des molécules génériques. À terme, SON sera en mesure de fournir aux industriels des quantités importantes de nanoparticules (jusqu’à 1 kilo).

En attendant, SON a décroché le grand prix 2019 du concours i-PhD, organisé, dans le cadre du plan Deeptech, par la Banque publique d’investissement (BPI France) et le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI). Ce concours, pour lequel UBFC mobilise les porteurs de projet de ses campus, récompense des jeunes chercheur.euse.s ou docteur.e.s qui créent leur start-up pour valoriser une technologie innovante. C’est dans ce cadre que Pierre-Emmanuel Doulain et Jérémy Paris ont suivi, de mars à juillet 2020, la formation Deeptech Founders, destinée à fournir des clés pour vendre des technologies de rupture. En novembre 2020, ils ont complété leur formation en participant à un Summer Camp à Aix-en-Provence. SON est tout jeune lauréat de la bourse French Tech Émergence et vient d’être labellisé Deeptech par BPI France. Prochain objectif : le concours i-Lab, qui permettra d’accélérer le développement de la technologie et de ses applications médicales.

L’appui de l’écosystème universitaire dijonnais a également été crucial pour la réussite du projet, souligne Pierre-Emmanuel Doulain. SON a signé une convention d’hébergement avec l’université, qui lui permet d’utiliser les équipements de l’ICMUB, lui accorde un bureau et lui permet de bénéficier de l’infrastructure informatique et logistique de l’uB. « À terme, nous aurons bien sûr nos propres locaux, ce qui nous permettra de nous agrandir, de recruter aussi… et de laisser la place aux suivants. » SON suit ainsi la voie des deux premières start-ups nées dans les laboratoires de chimie de l’université de Bourgogne – Chematech et PorphyChem.