Daniel Hissel, au cœur de l’écosystème hydrogène - COMUE Université Bourgogne Franche-Comté

Daniel Hissel, au cœur de l’écosystème hydrogène

Daniel Hissel / © Patrice Bouillot - La Plume & le Micro
Pour sa carrière tout entière dédiée à la technologie hydrogène énergie, Daniel Hissel a obtenu la médaille de l’innovation du CNRS. Enseignant-chercheur à l’université de Franche-Comté, directeur d’une équipe de recherche de FEMTO-ST, cofondateur d’une start-up à Belfort, ce spécialiste est convaincu depuis toujours que H2 est une partie de la solution pour une planète plus verte.

L’hydrogène, Daniel Hissel s’y est intéressé avant tout le monde ou presque. En tout cas, à une époque, la fin des années 1990, où l’idée qu’il puisse constituer une solution énergétique émergeait à peine. Après des études à l’École nationale supérieure d’ingénieurs électriciens de Grenoble (Ensieg) puis une thèse sur l’intelligence artificielle (IA) à l’Institut national polytechnique (INP) de Toulouse, il est recruté chez Alstom, à Tarbes, pour plancher sur l’hydrogène, et plus précisément sur un premier projet de flotte de bus électriques utilisant cette technologie. En 2000, il est recruté comme maître de conférences par l’Université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM), où il poursuit ses recherches sur le sujet. Avant d’intégrer l’université de Franche-Comté (UFC) en 2006, comme professeur dans les domaines du génie électrique et… de l’hydrogène-énergie. Si la Bourgogne-Franche-Comté, le Territoire de Belfort en particulier, est aujourd’hui un des principaux foyers français de recherche et de développement dans le domaine de l’hydrogène, il y est à l’évidence pour quelque chose. « Quand j’ai commencé à travailler sur le sujet ici à Belfort, nous étions trois, se souvient-il. Mais il y avait une volonté politique extrêmement forte. Et un positionnement original : alors que d’autres travaillaient sur la chimie et les matériaux, nous avons d’emblée fait le pari que cette technologie deviendrait mature à court ou moyen terme et qu’il fallait se pencher sur la problématique de l’intégration de l’objet dans des systèmes. On misait sur le coup d’après. » L’équipe de Daniel Hissel mobilise des expertises en génie électrique, en IA, en contrôle commande, en modélisation, en expérimentation, pour optimiser le fonctionnement de la pile à combustible dans un dispositif complet, fiable et performant. « Pour faire fonctionner des systèmes utilisant la pile à combustible ou pile à hydrogène, il faut un apport d’hydrogène et d’oxygène, souvent issu de l’air ambiant, et on obtient de l’électricité, de la chaleur et de l’eau, qu’il faut valoriser. » Ainsi se constitue l’équipe de recherche Sharpac (Systèmes électriques hybrides, actionneurs électriques, systèmes piles à combustible) qu’il dirige aujourd’hui au sein de FEMTO-ST (Franche-Comté Électronique Mécanique Thermique et Optique – Sciences et Technologies), institut de recherche dont les tutelles sont le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et Université Bourgogne Franche-Comté (UBFC) via l’UFC, l’École Nationale Supérieure de Mécanique et de Microtechniques (ENSMM) et l’UTBM. Dans les locaux de la plateforme pile à combustible implantée sur le campus métropolitain Nord Franche-Comté et partagés avec l’unité d’appui à la recherche FCLAB, une centaine de spécialistes planche sur cette énergie d’un futur désormais tout proche.

Concrètement les débouchés sont là : des véhicules électriques à hydrogène avec une autonomie comparable à celle qu’offrent les carburants fossiles et un temps de recharge réduit. Des voitures mais surtout des poids lourds, des bus, des trains, des avions ou des navires. Et dans la région, les projets prometteurs se multiplient : basculement vers l’hydrogène d’une partie de la flotte de bus urbains de Belfort et de Dijon, création à Belfort – à l’initiative de la société Rougeot Énergie – de l’Institut national du stockage d’hydrogène (Isthy), implantation du centre de recherche et développement hydrogène de Faurecia à Étupes, véhicules de manutention portuaire à hydrogène chez Gaussin à Héricourt, … Le monde académique n’est pas en reste : sur le campus belfortain, le cursus master en ingénierie Hydrogène Énergie et Efficacité énergétique (CMI H3E) a été créé dès 2014. Daniel Hissel, vice-président de l’UFC chargé de l’innovation, souligne l’importance d’immerger les étudiants dans les laboratoires, dès leur première année de licence, pour « leur donner très tôt le goût du labo et une culture autour de l’hydrogène ». « Il existe aujourd’hui à Belfort un véritable écosystème impliquant les politiques, le monde industriel, des start-ups et tous les acteurs du soutien à l’innovation et à l’entreprenariat, notamment l’agence économique régionale (AER), le pôle Véhicule du futur et la société d’accélération de transfert de technologies (SATT) SAYENS, se réjouit Daniel Hissel. UBFC joue un rôle majeur, notamment à travers le programme I-SITE, contribuant à financer des projets et à développer l’activité dans le domaine. »

En matière de start-ups, Daniel Hissel sait de quoi il parle. Il fait partie des cofondateurs, en 2017, de la société H2SYS (acronyme signifiant Hydrogen to Systems), que dirige Sébastien Faivre et dont il est conseiller scientifique. Accompagnée dans ses différentes phases de développement par la région Bourgogne-Franche-Comté et par SAYENS, l’entreprise emploie aujourd’hui 17 personnes et a lancé la commercialisation de ses premiers produits : des générateurs électriques fonctionnant à l’hydrogène, silencieux et produisant une électricité parfaitement verte.

Pour l’ensemble de ses travaux dans le domaine de l’hydrogène, Daniel Hissel a obtenu en 2020 la médaille de l’innovation du CNRS. Au sein du CNRS, il est le directeur adjoint de la Fédération hydrogène, qui regroupe plus de 270 chercheurs issus de 28 laboratoires de toute la France. Sur le sujet, son avis est fait depuis longtemps : « L’hydrogène constituera un vecteur énergétique de premier plan, capable de représenter 20 % de notre mix énergétique à l’horizon 2050. Nous avons la maturité technologique, l’attente sociétale, les acteurs économiques et la volonté politique, avec notamment le plan hydrogène de l’État d’un montant de 7,2 milliards d’euros ». Daniel Hissel, qui est aussi éducateur de rugby à l’Entente Nord Franche-Comté, conclut : « Il faut maintenant transformer l’essai ».