Portrait de chercheur – Les « fellowships » d’ISITE-BFC

Laurent Philippot

Laurent Philippot, lauréat d’un fellowship UBFC Senior

Laurent Philippot rejoint l’INRAE* en 1997, où il occupe désormais le poste de Directeur de recherche dans l’unité de recherche Agroécologie, située à Dijon. Depuis maintenant 25 ans, il étudie les communautés microbiennes impliquées dans le cycle de l’azote, thématique de recherche à enjeu majeur puisque l’azote est l’un des éléments essentiels à la croissance des plantes et que les apports excessifs d’engrais azotés ont des effets négatifs sur notre environnement (pollution de l’eau par lessivage du nitrate et émissions de protoxyde d’azote (N2O), puissant gaz à effet de serre). Ses travaux ont une visibilité internationale, comme l’illustre son classement parmi les 6000 chercheurs les plus cités au monde et les 150 chercheurs les plus cités en France.

* Anciennement INRA

1. Lors du troisième appel à projets ISITE-BFC, vous avez candidaté pour un fellowship UBFC senior. Quelles ont été les motivations premières de cette candidature ?

Je murissais un nouveau projet de recherche sur les règles d’assemblage des communautés microbiennes dans le sol et de leurs impacts sur le fonctionnement des agro-écosystèmes au moment où l’INRAE m’a sollicité pour soumettre un projet au Conseil Européen de la Recherche (ERC). J’ai donc commencé à étoffer ce projet ; lorsque que l’on développe des idées, on s’y attache et on a envie de les voir se concrétiser ! Le troisième appel à projets (AAP3) d’ISITE-BFC représentait une chance supplémentaire d’avoir un financement pour ce projet et j’ai donc soumis simultanément mon projet à l’ERC et à l’AAP3 fellowship UBFC senior. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la volonté d’efficacité d’UBFC en autorisant la soumission d’un projet identique sur la forme, et non pas seulement sur le fond, à celui de l’ERC (pas de réécriture nécessaire), ce qui m’a permis d’économiser un temps précieux. Si je n’ai pas reçu de retour favorable de l’ERC, j’ai en revanche obtenu le financement d’UBFC me permettant d’initier ce projet, qui me tient particulièrement à cœur. Lors de ma prochaine soumission à l’ERC, je disposerai de résultats préliminaires et/ou de validation des concepts proposés, ce qui représente un avantage considérable lors du processus d’évaluation !

2. Quels sont les atouts du projet pour lequel vous avez obtenu cette bourse vis-à-vis de l’ERC ?

Les communautés microbiennes sont d’une très grande importance pour le fonctionnement des écosystèmes, avec par exemple, un rôle central dans tous les principaux cycles biogéochimiques, une influence directe et indirecte sur la croissance des plantes, la dégradation des pesticides, une contribution à l’émission mais aussi à l’élimination de gaz à effet de serre, etc. Ces communautés microbiennes existent dans la nature sous la forme de d’assemblages complexes et dynamiques, constitués de milliards de microorganismes. Comprendre comment ces communautés s’assemblent dans divers environnements, tels que les agro-écosystèmes, présente un intérêt grandissant en raison de l’énorme potentiel de ces communautés afin de les « exploiter » pour qu’elles fournissent des services écosystémiques** répondant à l’augmentation des besoins de l’humanité.

L’effet des facteurs abiotiques, comme le pH, la température ou encore l’humidité, sur la composition des communautés microbienne est bien décrit dans la littérature. En revanche, à ce jour, très peu d’information sont disponibles sur l’importance des interactions entre microorganismes dans l’assemblage de ces communautés. C’est là toute l’originalité de mon projet, qui vise à manipuler ces interactions dans le but de quantifier leur rôle dans l’assemblage des communautés microbiennes et de comprendre leurs impacts sur le fonctionnement des écosystèmes terrestres. L’atout de ce projet vis-à-vis de l’ERC est la nouveauté de son approche qui, grâce à de nouvelles connaissances fondamentales sur l’assemblage des communautés, devrait nous permettre de passer de théories en écologie à de l’ingénierie écologique pour promouvoir les services rendus par les microorganismes vivant dans les agro-écosystèmes.

** Services écosystémiques : services rendus par les écosystèmes à l’humanité, en faveur de son bien-être et de son développement. Exemples concernant les communautés microbiennes : croissance des plantes, élimination des gaz à effet de serre, etc.

3. Selon vous, quel est le ou les points forts du programme ISITE porté par UBFC ?

Le programme ISITE-BFC présente plusieurs points forts. D’abord, il apporte soutien aux chercheurs reconnus d’UBFC mais attire aussi de jeunes chercheurs à fort potentiel ainsi que des chercheurs étrangers de très haut niveau par le biais du dispositif de fellowships pour les coachs internationaux. Via les appels à projets, il permet la concrétisation de projets de recherche innovants, dont l’amorce leur garantit plus de chance de retours positifs à l’ERC. Du côté formation, il propose des masters dispensés en anglais, une excellente stratégie pour promouvoir la qualité et la visibilité internationale des recherches conduites à UBFC.