Le goût de la recherche appliquée

Crédit Photo : Ludovic Godard

Marion Triolet vient de terminer son doctorat dans le cadre d’une thèse CIFRE avec l’entreprise DE SANGOSSE. La recherche appliquée, c’est pour elle une vocation.

« Je ne me voyais pas du tout faire un doctorat », avoue cette jeune femme souriante qui vient pourtant de soutenir sa thèse. « Quand j’étais petite, je voulais être pâtissière, mais comme j’avais eu de très bonnes notes au brevet des collèges, on m’a conseillé de rester dans la filière générale. Malheureusement, après, ça a été catastrophique…. C’est mon intérêt pour les sciences de la vie et de la terre qui m’a fait tenir, mais, jusqu’en licence de biologie végétale, j’étais une élève très moyenne, plutôt laborieuse. J’ai redoublé deux fois ». Une fois en master Production et biotechnologies du végétal, en revanche, c’est la révélation. Marion trouve sa voie, s’épanouit dans la spécialisation et obtient de brillants résultats.

Son diplôme en poche, elle décroche un contrat de six mois pour faire de la recherche bibliographique chez DE SANGOSSE, une entreprise du secteur agrochimie. « Il s’agissait de faire le point sur ce qui a déjà été publié sur les bioherbicides, raconte-t-elle. Mon travail a montré qu’il existait beaucoup d’articles révélateurs du potentiel de certains champignons pour détruire les mauvaises herbes, mais très peu de produits sur le marché, preuve que le palier entre la recherche et l’application industrielle n’est pas toujours franchi. »  L’entreprise, qui ne disposait pas encore d’un véritable service de recherche et développement, décide alors de lui proposer une thèse CIFRE sur ce sujet.

« Je ne corresponds pas du tout
à l’idée que je me faisais du doctorant »

Crédit photo : Ludovic Godard

« Je ne corresponds pas du tout à l’idée que je me faisais du doctorant, confie la jeune chercheuse. Pour moi c’était surtout un contrat de trois ans avec un grand intérêt scientifique, dans le secteur du biocontrôle. C’est le sujet lui-même qui m’a plu. Je ne suis pas certaine que j’aurais accepté une thèse purement académique. » Pendant trois ans, Marion s’intéresse aux interactions plantes-microorganismes et cherche à « trouver des candidats naturels ayant une action herbicide pour contrôler les adventices » (comprenez les mauvaises herbes). La doctorante trouve son bonheur dans ce sujet très vaste qui fait appel aussi bien à la microbiologie, qu’à la biologie moléculaire, la bioinformatique, ou aux statistiques. Elle travaille à des échelles allant du champ jusqu’à la molécule. « C’était magique, j’ai adoré », s’enthousiasme-t-elle.

Les travaux se déroulent majoritairement dans les locaux du laboratoire d’accueil du centre INRA de Dijon où se trouvent le matériel biologique et les équipements nécessaires au travail de la jeune chercheuse. Cependant, la méthodologie et les contraintes de travail sont bien celles de l’industrie, avec des réunions (en visioconférence) régulières, un cadre rigoureux, des délais, des livrables… Ainsi, même à distance, Marion développe toutes les compétences attendues en entreprise. Son adaptation est facilitée par le fait d’avoir travaillé dans des secteurs très divers pendant ses études pour les financer.

Débrouillarde, la jeune femme va toujours chercher les compétences dont elle a besoin, dans d’autres étages de son laboratoire ou ailleurs. « Il faut oser solliciter les gens, être moteur de sa thèse même si on se sent un peu noyé au début. J’ai progressivement appris vers qui me tourner, tantôt vers l’entreprise, tantôt vers le laboratoire, en fonction de mes besoins. J’ai aussi appris à adapter mon discours en fonction de mes interlocuteurs », raconte-t-elle. Jongler entre deux mondes aux cultures différentes n’est pas toujours facile, mais, de l’avis de Marion, « c’est extrêmement formateur, ça forge le caractère ! »

Deux écosystèmes différents

Comme c’est toujours le cas pour les thèses CIFRE, la doctorante bénéficie d’un double encadrement, à la fois au sein de l’UMR Agroécologie1 et dans la société DE SANGOSSE. Les discussions scientifiques ne sont pas l’apanage du laboratoire, son directeur en entreprise ayant lui-même l’expérience du doctorat. Cependant, les échanges entreprise-laboratoire ne coulent pas toujours de source, chacun ayant des contraintes, des stratégies et des intérêts divergents : confidentialité, marché, rendement, pour l’entreprise, publication pour le laboratoire, ce dernier point étant l’une des principales pierres d’achoppement. En raison des clauses de confidentialité qu’elle a signées avec son entreprise d’accueil, Marion ne peut ni parler de ses recherches à son entourage, ni communiquer certains de ses résultats dans des revues scientifiques. Dans la course à la publication entre chercheurs, c’est dommage, mais heureusement, tout n’est pas confidentiel dans sa thèse et elle signe deux articles et un chapitre de livre.

Au final, elle remplit tous les objectifs de son contrat de doctorat… et fait même quelques découvertes, encore confidentielles évidemment. « L’entreprise est ravie ! Pour eux, c’était une démarche exploratoire, ils ne s’attendaient pas vraiment à ce que je trouve quelque chose. Ils sont en train de réaliser une étude de marché pour voir s’il est intéressant d’investir dans cette nouvelle voie ». Marion a désormais le profil idéal et le réseau de contacts pour jouer un rôle d’intermédiaire entre les mondes industriel et académique. Et quand on lui demande ce qu’elle envisage par la suite, elle qui a toujours préféré « être dans le concret », envisage tout naturellement de se tourner vers la recherche appliquée dans l’industrie.

Publié le 11 juillet 2019
Auteur: Delphine Gosset