Chagrins d’amour chez les poissons ?

Chloé Laubu, doctorante au laboratoire Biogéosciences, a montré que le fait d’être séparé de son partenaire rendait certains poissons plus pessimistes. L’originalité de son étude a séduit les médias du monde entier.

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. » Cette citation de Lamartine pourrait-elle s’appliquer aux poissons ? À certains d’entre eux, semble-t-il, comme le suggèrent les travaux de Chloé Laubu, jeune chercheuse en éthologie.

Le cichlidé zébré Amatitlania siquia est un petit poisson monogame. Les partenaires forment des couples stables dans le temps et se coordonnent pour la construction du nid et les soins parentaux. « C’est un candidat idéal pour tester l’idée qu’il n’y a pas que chez l’humain que les états émotionnels sont affectés par l’absence du partenaire », explique Chloé Laubu, qui a cherché la réponse à cette question surprenante pendant sa thèse.

Mais comment parvenir à quantifier de manière objective l’état émotionnel d’un tel animal ? La jeune chercheuse a fait appel à un concept rigoureux développé en psychologie humaine : le test du biais de jugement, qu’elle a utilisé pour la première fois sur un poisson.

Vidéo réalisée dans le cadre de l’Expérimentarium.

Attachement émotionnel

Chloé Laubu a appris à ses poissons à faire le distingo entre deux boîtes reconnaissables à leurs couvercles blancs ou noirs, l’une vide, l’autre contenant une friandise (un ver de vase). Très vite, les petits cichlidés zébrés apprennent à ouvrir rapidement la boite récompensée, tandis qu’il sont beaucoup plus lents à ouvrir l’autre… Mais que se passe-t-il quand on leur propose une boite de couleur ambigüe, grise, en l’occurrence ? Les chercheurs partent du principe que le temps qu’ils mettent à ouvrir cette boite « ambigüe » est un indicateur de leur état émotionnel. Les « optimistes » devraient être plus enthousiastes que les « pessimistes » et l’ouvrir plus rapidement. Chloé Laubu a donc comparé les performances de poissons ayant été, ou non, séparés de leur partenaire. Ces derniers se montrent bel et bien plus « pessimistes » et tardent davantage à ouvrir la boite, preuve que la séparation a affecté leur état émotionnel.

« L’attachement au partenaire est un des premiers critères définissant l’mour romantique, qui est généralement considéré comme propre à notre espèce, explique François-Xavier Dechaume-Moncharmont, directeur de recherches. Cette étude semble indiquer que l’on retrouve peut-être un sentiment semblable chez d’autres espèces. »
 

L’éthologie s’attache à comprendre l’intérêt de certains comportements, du point de vue de l’évolution. Alors quelle est la fonction adaptative de l’attachement entre les partenaires d’un couple ? Il favorise le succès reproducteur chez les espèces qui nécessitent des soins aux jeunes de la part des deux parents pendant une longue période, chez ce petit poisson… comme chez l’homme.

Vidéo montrant des poisons ouvrant les boites du test de biais de jugement.

Depuis la parution de cette étude surprenante dans le journal scientifique Proceedings of the Royal Society (Pair-bonding influence affective state in a monogamous fish species), Chloé Laubu a vu son travail repris par la presse du monde entier (consulter la revue de presse en ligne).

Contacts :
Chloé Laubu
chloelaubu@gmail.com
François-Xavier Dechaume-Moncharmont
fx.dechaume@u-bourgogne.fr
UMR 6282 Biogéosciences, CNRS, uB
http://biogeosciences.u-bourgogne.fr/

Crédit photo : Coralie Biguzzi
Crédit Photo : Lionel Maillot - Expérimentarium - uB

Publié le 19/06/2019
Source : Communiqué de presse